l’Eté d’un Hyène

Un essaim de testicules qui te pendent au cou comme un collier de trophées, te voilà plongée dans l’ivresse imminente d’un été qui fait fondre toutes les craintes. A commencer par ta celle du vide, de la solitude, de l’ennui mais aussi et surtout de devenir transparente, de ne plus attirer le regard et le désir, une petite mort. Cette peur inexplicable d’être un jour seule et totalement invisible aux yeux de la plupart des jeunes matadors que tu attires en remuant les chiffons de peau qui couvrent ton âme. Tu n’aimes pas les mathématiques, car en calculant tu sais que dans moins de 10 ans les 15 ans qui vous séparent seront définitivement une abysse que tu ne pourras plus franchir. Il faudra alors imaginer un repli, revêtir à nouveau ton ancienne peau flétrie de jeune vieille , remettre tout l’apparat de jupes, robes, talons et décolletés que tu as laissées au placard depuis que tu enfourches ton macaque fougueux, te lancer à nouveau dans les bras de corps qui te dégoutent par leur vieillesse, abandonner les tee shirts et le look d’ado qui décoraient à merveille le vieux sapin de Noël qui te sert de vitrine.
Petite sauterelle de l’amour fugace, toi qui te déguise en jeune pour mettre à l’aise ton étalon au look banal de stagiaire fauché. Tu te gargarises par ses veines qui gonflent et ses pulsions d’un désir auquel tu n’as jamais vraiment su résister. La journée ne te sert à rien, sinon à préparer la nuit, une autre gigantesque farce, un moulin qui brasse la même vase pour tenter de produire un semblant de réalité glamour que tu tentes d’exploiter au mieux en l’affichant sur le miroir aux alouettes d’un réseau social aussi plastique que pathétique . Toi qui voulait sortir des habitudes te voilà replongée dans la sauce tiède des apéros mondains où tu sais à présent te tenir, parce que seule la déchirure du cœur et les nuits seules sur ton matelas peuvent à présent t’embarquer dans de vraies virées sans fond, à bloc de vice et d’excès. Quand tu es domestiquée, amoureuse fébrile accrochée au dos de ton jeune scarabée qui ma foi trouve en toi un agréable défouloir, tu ne lâches plus les chevaux fous, tu restes plutôt sage accrochée à ton piquet, tu tourne voltes au gré du vent à travers des épisodes courts mais intenses d’une vie en leasing, un truc que tu as acheté sans en avoir les moyens.
Tout le monde frappe des mains et t’encourage, ce qui regonfle un peu plus encore ton égo blessé, assoiffé de compliments. Les gens adorent voir le taureau mourir après une corrida dramatique. Tout le monde connait la triste fin, certains s’étonnent en silence, ton ex mari ferme les yeux et sourit parfois le soir en attendant la chute. Tout ce beau monde qui aujourd’hui t’admire sait que ta vie empruntée se videra aussi vite qu’une paire de couilles adolescentes, que l’on te croisera un jour, le regard éteint, l’échine courbée, quand tu seras saturée et fatiguée de ce double effort.
J’ai surement un goût pour le macabre,  le morbide, les charognes. Je ne chasse plus,  je scrute. J’attends juste qu’un bel animal comme toi trébuche, se casse la patte et se laisse crever au soleil dans des geignements qui ne font qu’exciter le hyène qui rôde en moi.
Une rupture, une déchirure, une dépression, une mauvaise chute, un chaos émotionnel ? Je ne suis pas très loin.
J’arrive en sifflotant, en grinçant les dents, la bave aux lèvres. Sans te demander ton avis je te fourre jusqu’au foie et me vide en toi sans aucune culpabilité, je sais : c’est purement dégueulasse. Une fin aussi tragique pour un Bambi doré qui se pavanait il y a encore peu de temps. Si tu veux courir jusqu’à l’épuisement derrière des gazelles sauvages, c’est ton droit. Je préfère la délicieuse ignominie qui se contente de collecter ce que la nature m’offre, car en fait je ne fais que reprendre ce qu’elle m’a enlevé. La meilleure façon de dompter une belle antilope est de lui briser l’égo, de la cueillir quand le sang et les larmes collent sa longue chevelure. Le goût de la proie abandonnée, apeurée, essoufflée, paumée, que tu fend en deux dans un plaisir on ne peut plus jouissif.

Un continuum d’histoires naturelles qui commencent au printemps et se meurent lentement à l’arrivée du ciel gris. La chasse est ouverte.

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